Depuis son arrivée à la tête de la capitale, Abass Fall veut imposer une nouvelle méthode : davantage de coopération, une présence municipale renforcée sur le terrain et une ouverture assumée vers les partenaires africains et internationaux. À l’approche d’une échéance aussi symbolique que les JOJ Dakar 2026, le maire joue une partie importante de son mandat. Entre réalisations visibles, grands projets et fortes attentes sociales, l’heure est désormais à la concrétisation.

Un an après son installation officielle à la tête de la Ville de Dakar, Abass Fall entend faire de la capitale l’un des principaux laboratoires de la nouvelle dynamique territoriale portée par les autorités sénégalaises. Élu maire en août 2025, puis officiellement installé en septembre, le responsable de Pastef avait placé son mandat sous le signe de la concertation, de la responsabilité et de la recherche de performance municipale.

Depuis, la mairie multiplie les initiatives. Voirie, assainissement, écoles, environnement, jeunesse, économie locale, numérique et coopération internationale : le champ d’action revendiqué par la nouvelle équipe municipale est large. Mais au-delà des annonces, c’est désormais leur traduction concrète dans les quartiers qui sera au cœur de l’appréciation du mandat.

Sur le terrain, plusieurs opérations témoignent de cette volonté d’accélérer. En septembre 2026, la Ville de Dakar a lancé des travaux d’aménagement de plus de trois kilomètres de voirie à l’Université Cheikh Anta Diop, avec notamment le pavage de l’axe appelé « couloir de la mort ». Dans les établissements scolaires, la municipalité a également engagé une vaste opération de nettoyage et de désherbage concernant les 61 collèges et lycées du département, accompagnée d’actions annoncées sur le matériel et les infrastructures scolaires.

Le cadre de vie constitue ainsi l’un des terrains privilégiés de l’action municipale. En avril 2026, la Ville de Dakar et plusieurs partenaires ont signé des conventions destinées à l’aménagement paysager de l’échangeur du CICES. La municipalité cherche également à inscrire son action dans les enjeux environnementaux, notamment à travers la nouvelle phase d’un programme d’adaptation au changement climatique couvrant les cinq départements de la région de Dakar. Le maire a alors défendu la coopération et la mutualisation des compétences comme des leviers essentiels face aux défis urbains.

Mais c’est surtout sur le terrain de la coopération que le mandat d’Abass Fall affiche une dimension nouvelle. Dakar cherche à ne plus être seulement une capitale administrative, mais une métropole capable de construire directement des partenariats avec d’autres grandes villes du continent et du monde. Le rapprochement avec Yokohama, au Japon, illustre cette stratégie. Un mémorandum d’entente a été conclu entre les deux villes autour de domaines tels que l’innovation urbaine, l’environnement, la santé, l’investissement, la formation et le développement économique. À travers ce partenariat, Dakar cherche à renforcer son attractivité et à tirer profit de l’expérience d’une grande métropole asiatique.

La coopération africaine n’est pas en reste. Avec Kigali, la capitale sénégalaise explore des pistes de collaboration dans plusieurs secteurs liés à la gestion urbaine et au développement métropolitain. L’objectif affiché est notamment de favoriser les échanges d’expériences et les solutions adaptées aux réalités africaines. Plus récemment, Dakar a également ouvert des discussions avec Jakarta. La coopération envisagée avec la capitale indonésienne porte notamment sur la culture, l’artisanat, l’éducation, le sport et l’environnement, avec la perspective d’un jumelage entre les deux villes. Cette multiplication des contacts dessine progressivement une véritable diplomatie municipale.

Pour Abass Fall, cette ouverture internationale n’est cependant pas une fin en soi. Elle doit produire des retombées pour les populations. Partenariats, investissements, transfert de compétences, formation des jeunes, environnement, innovation et développement économique : c’est à l’aune de ces résultats que cette stratégie pourra être jugée.

Les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026 constituent, dans cette perspective, le grand rendez-vous du mandat. La municipalité a signé une convention avec le Comité d’organisation des JOJ et affirme vouloir profiter de l’événement pour moderniser certains espaces de la capitale et renforcer la visibilité internationale de Dakar. Le maire assure que la ville sera prête et met en avant la perspective d’un « héritage durable » en matière d’infrastructures et de rayonnement.  La mairie cherche également à faire de ces Jeux une affaire populaire. En juillet 2026, elle a signé une convention avec l’ODCAV de Dakar afin d’associer davantage les mouvements sportifs et la jeunesse des quartiers à la dynamique des JOJ.

Sur le plan économique, Abass Fall veut parallèlement donner davantage de visibilité aux acteurs locaux. La participation de la Ville de Dakar à la FIARA 2026 a notamment été présentée comme un moyen de valoriser le travail des femmes et des jeunes et de promouvoir l’offre locale. La municipalité met également en avant son engagement en faveur des coopératives et de l’économie sociale et solidaire.  Cette orientation traduit une conception politique particulière du rôle de la mairie : une collectivité qui ne se limite pas à gérer les affaires courantes, mais qui cherche à intervenir sur l’économie locale, l’emploi, la formation, l’environnement et l’attractivité internationale.

Reste cependant la question centrale : qu’est-ce que les Dakarois retiendront concrètement de cette première partie de mandat ? Car Dakar reste confrontée à des difficultés structurelles. Les problèmes de circulation, d’assainissement, de propreté, de gestion des espaces publics, de logement et d’insertion des jeunes ne disparaissent pas avec la signature de conventions internationales. Pour une population confrontée quotidiennement à ces réalités, le bilan municipal sera nécessairement mesuré à partir de résultats visibles dans les quartiers.

C’est là que se situe le principal enjeu de la deuxième partie du mandat. La première phase aura permis à Abass Fall de poser une méthode, de multiplier les partenariats et d’afficher une ambition pour Dakar. La suite devra montrer la capacité de la municipalité à transformer ces engagements en réalisations durables. Les JOJ seront un premier test grandeur nature. La gestion du cadre de vie, les travaux de voirie, les infrastructures scolaires, l’environnement, la coopération internationale et le soutien à l’économie locale en seront d’autres.

À mi-mandat, le débat politique autour d’Abass Fall ne porte donc plus seulement sur son arrivée à la tête de la capitale ni sur son appartenance à la majorité politique au pouvoir. Il porte désormais sur la capacité de sa mairie à démontrer, chiffres et réalisations à l’appui, que la nouvelle gouvernance annoncée peut produire des changements perceptibles dans la vie quotidienne des Dakarois.

Dakar est aujourd’hui à la croisée des chemins : capitale des JOJ, métropole africaine en quête d’attractivité et ville confrontée à des défis urbains considérables. Pour Abass Fall, la deuxième partie du mandat sera celle de la preuve. Les partenariats devront devenir des projets, les projets devront devenir des réalisations et les réalisations devront, au final, parler aux Dakarois.

 

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